Temoignages

Lettre ouverte à Madame Michèle Delaunay

1 commentaire 05 février 2013

Lettre ouverte à Madame Michèle Delaunay -Ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie-

Madame la Ministre,

Si je m’essaie à la lettre ouverte aujourd’hui c’est que je m’interroge.

Depuis que je suis toute petite j’ai toujours entendu mes parents dire qu’il y avait des chômeurs mais que quand ils cherchaient des employés ils n’en trouvaient pas.
Et pourtant ils ne cherchaient pas des personnes sur diplômées. Des personnes motivées et n’ayant pas peur de travailler auraient suffit. Mais les réponses étaient toujours les mêmes : trop de travail, trop dur, pas assez payé, etc, etc. J’ai déjà vu plusieurs personnes quitter leur travail à la fin de la première journée arguant que travailler leur revenait plus cher que de rester chez eux. Une fois enlevé le salaire de la nounou, le carburant et la perte de tous les avantages ils se rendaient compte qu’il était plus judicieux qu’ils restent chez eux à regarder plus belle la vie.

Tout cela je le vivais mais je ne le comprenais pas.

Maintenant que je ne suis plus spectateur mais acteur du système économique je comprends.

J’ai 25 ans, je suis aujourd’hui directrice d’une maison de retraite qui compte 80 résidents et 50 salariés. J’ai diffusé depuis plus d’une semaine 3 annonces d’emplois sur différents sites internet.

J’offre un poste de secrétaire (débutants acceptés), un poste de second de cuisine (débutants acceptés) et un poste d’infirmière (débutants acceptés).

Aujourd’hui voici le résultat de mes recherches :

Secrétaire : 1 CV (en attente de l’entretien)

Cuisinier : 3 CV

Sur les 3 CV : Un seul est venu à l’entretien. Le deux autres ne sont pas venus et ne m’ont même pas averti.

J’ai donc dû embaucher le seul qui est venu à l’entretien. Et cette personne, qui ceci dit semblait compétente lors de l’entretien m’a dit au bout d’une demi-journée de travail qu’elle ne reviendrait pas le lendemain. Raison avouée : Pas assez de matériel, il ne s’adaptera pas.
Je vous avoue être très impressionnée par ces personnes qui savent au bout de 4 heures si elles vont rester dans une entreprise ou pas.

Infirmière : 2 CV

Le premier CV a donné lieu à un entretien, la dame ne veut que des vacations, et lorsqu’elle se rend compte que le dernier bus le dimanche est à 19h41, et qu’elle finira à 20 heures, elle nous demande si elle pourra partir plus tôt pour ne pas devoir marcher 12 minutes jusqu’à la gare RER. Nous lui répondons que non car bien sûr elle doit attendre que l’équipe de nuit arrive pour ne pas laisser nos résidents sans surveillance.
La personne a donc coupé court à l’entretien et est partie. J’ai préféré en rire.

Je n’ai pas encore reçue la deuxième personne mais elle aussi ne veut que des vacations et ne travailler que 15 jours dans le mois. (Le reste du temps, elle est en Province)

Alors je m’interroge, Madame la Ministre, comment fait-on ?
Comment fait-on pour trouver du personnel ?

Chaque jour je vois dans les médias que le nombre de chômeurs ne cesse d’augmenter mais apparemment pas assez car j’imagine que j’aurais un peu plus de candidatures.

Je veux bien passer pour le poste d’infirmière car je sais qu’il y a une pénurie et je ferais avec. Mais pour le reste pourquoi sur ces millions de chômeurs n’y a-t-il pas des personnes motivées et courageuses pour travailler et apprendre un métier. Je me le demande, je vous le demande.

Je n’ai aucun conseil à vous donner mais il serait peut-être temps d’inciter nos concitoyens à travailler. Et ce n’est pas en les assistants que nous y arriverons.

Par ces propos je ne remets pas en cause notre système de protection sociale. Je nous félicite chaque jour pour notre système de soins et de sécurité sociale qui est très confortable comparativement aux autres pays mais je suis sûre qu’il existe des solutions pour continuer à vivre en harmonie sans dégoûter les gens du travail.

Et je reste persuadée qu’assister les personnes c’est les asservir et en les asservissant nous leur retirons leur qualité d’Homme.

Oh ne croyez pas que je pense que tous les chômeurs ne veulent pas travailler ! Je pense juste que la politique de l’emploi ne leur en donne pas l’envie ! Moi la première parfois je me dis à quoi bon !

Vous souhaitez que l’on prenne soin de nos aînés, je suis d’accord et je donne tout mon temps et toute mon énergie chaque jour. Mais il faut aussi que vous nous aidiez par des réformes simples et efficaces .

Comment puis-je accomplir ma mission qui est d’accompagner et de protéger mes résidents si je ne trouve pas le personnel nécessaire!

Je serais ravie de pouvoir échanger avec vous sur cette problématique ainsi que de discuter  des solutions possibles.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.

Alexandra Rossignol

PS : Si des personnes sont intéressées par ce type de poste en région parisienne, n’hésitez pas à me contacter par le formulaire de contact

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1 commentaire

  1. alain dit :

    50 ans d études et rapports

    En 2013, la CASA a été versée au Fonds de Solidarité Vieillesse au lieu d’être attribuée à l’aide à l’autonomie.
    Un « détournement » à mettre en perspective avec le sous-effectif des soignants et les dérives tarifaires dans les EHPAD publics.

    Du Monde au Dauphiné libéré, nombreux sont les médias qui, le mois dernier, ont publié sur une actualité qui en dit long sur l’action du gouvernement : les 600 millions d’euros détournés de l’aide aux personnes âgées, sous couvert de loi pas encore votée. Ce thème a été repris par l’association « Âge village » qui titre son édito « La CASA toujours pas réaffectée à 100% pour l’aide à l’autonomie ».

    En effet, la CASA (Contribution Additionnelle de Solidarité pour l’Autonomie), payée par les retraités, devait être attribuée à l’aide à l’autonomie (le service à domicile). Exceptionnellement, elle l’a été au Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV). Pourtant, la dépendance et ces implications est un sujet prioritaire depuis plus de 50 ans. En 1962, le rapport Laroque alertait déjà sur le phénomène de la pyramide des âges, un sujet que les gouvernements successifs n’ont pourtant jamais abordé autrement qu’aux travers d’études et de rapports.

    En détournant les fonds affectés à la dépendance, le gouvernement ne respecte pas ses engagements initiaux mais surtout il manque de transparence. Devant ce jeu de bonneteau, comme l’a appelé le président de la CNRPA (Comité National des Retraités et Personnes Âgées) Sylvain Denis, les communiqués ont redoublé et les pétitions déferlé.

    EHPAD : sous-effectif des soignants et explosion des tarifs d’hébergement

    Car les conséquences de cette réaffectation sont énormes : ce sont 22 000 emplois qui passent à la trappe, alors même que le sous-effectif des soignants s’aggrave. Pour preuve de ce malaise, leurs associations recueillent de plus en plus d’adhérents (les NBNNNP – ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes – comptent 36 000 inscrits sur les réseaux sociaux) et les grèves dans les hôpitaux et les EHPAD (Etablissements Hospitaliers pour Personnes Âgées Dépendantes) se multiplient.

    Ces conditions ont également un impact important sur les porte-monnaie : depuis 2009, les tarifs des EHPAD, pourtant établissements publics, explosent. Faute de moyen, les ARS (Agences Régionales de Santé) sous-évaluent les besoins en soins des patients. Résultat : les EHPAD, pour ne pas tomber dans une maltraitance institutionnelle, font peser les augmentations de personnel sur les tarifs d’hébergement et le conseil général valide. En moyenne, on estime ces augmentations à 6% par an. Dans certains EHPAD, elles dépassent les 20%. Pour les familles comme pour les résidents, c’est souvent l’impasse. Les conséquences peuvent être dramatiques quand, faute de pouvoir assumer la part des augmentations tarifaires restant à charge, certains se voient dans l’obligation de reprendre leurs parents chez eux alors que ces derniers souffrent de pathologies incompatibles avec leur logement.

    Le tarif d’hébergement devient une variable du tarif soins

    Même le rapport de l’IGAS (Institut Général des Affaires Sociales) de 2011 indique, dans son paragraphe 47, que le tarif d’hébergement peut devenir une variable d’ajustement du tarif soins. Autrement dit, le salaire des personnels de santé devrait dépendre du tarif soins (l’Assurance Maladie). Mais, pour pallier l’insuffisance des budgets alloués par les ARS, les EHPAD se voient contraints d’en faire peser le coût sur les tarifs d’hébergement, partiellement payés par les familles.

    En novembre 2012, lors d’un entretien avec la FNBAPAEF (Fédération Nationales des Associations de Personnes Âgées et de leurs Familles), la ministre de la Santé Marisol Touraine préconisait de bloquer la part restant à charge des tarifs d’hébergement, mais sans indiquer quelles maisons de retraite seraient concernées.

    Les constats sont donc là mais rien ne bouge, comme le prouve ce « détournement » d’une aide spécifiquement conçue pour l’autonomie. Certes, les personnes âgées en perte d’autonomie ne descendent pas dans la rue pour faire savoir leur difficulté. Mais, à coup sûr, leurs voix compteront lors des prochaines élections lorsqu’elles voteront… ou s’abstiendront.
    6 ans a dénoncer les dérives du tarifs hébergement des EHPAD public servant de variable d’ajustement


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